
Dans le cadre de la manifestation Art-Griculture à l’initiative de Artank une table ronde-débat sur “Désirs de culture, désirs d’agiculture” a eu lieu a l’écomusée du Perche le dimanche 8 juin. Une visite gratuite de l’exposition Faucheurs fauchés pour les participants après le débat. Une occasion de revoir l’expostion de Christian Guillemin avec les photos de David Commenchal qui a illustré le catalogue de l’exposition.
Faucheurs fauchés sur Internet, ce sont des faits divers, comme celui retranscrit par Inf’OGM, veille citoyenne « Les faucheurs fauchés par les CRS ». C’était « lors d’une tentative de fauchage d’un champ de maïs transgénique à Solomiac (Gers) le 5 septembre 2004. » 22 faucheurs molestés. Faucheurs fauchés cité par le site culture.fr, c’est aussi le titre de l’exposition du sculpteur Christian Guillemin à l’écomusée du Perche (Orne) juqu’au 31 août 2008. Le lien entre ces Faucheurs Fauchés présents dans l’actualité ces dernières années et l’exposition, est un fil subtil : nul message ou banderolle. Seule la couleur noire choisie par l’artiste témoigne qu’il « porte le soleil noir de la mélancolie ». Les épis de la colère sont noir mat, les rats des champs sculptés dans le bois sont noirs, la moissoneuse-batteuse ancienne, 6,60m de longeur sur 3,20 de hauteur, noir mat et brillant, porte le symbole de la Faucheuse, qui annonce la mort. Une colonne de fumée d’environ 10m de haut, en bâche agricole noire, s’échappe de l’engin. Les oeuvres sont en deuil d’un monde possible, dans sa simplicité, qu’une toute puissance économique contamine dans ce qu’il a de plus vital : la semence.

Faucheurs fauchés s’entend à double sens puisque le jeu sur les mots accompagne chaque oeuvre de Christian Guillemin. “Fauuchés comme les blés! »Les faucheurs sont atteints par des sanctions économiques redoutables, disproportionnées, injustes car inégales selon les régions. Violence des saisies mobilières sur les biens de faucheurs volontaires condamnés par la justice. «Les faucheurs d’OGM bientôt fauchés ? » titre l’Humanité du 16 février 2006. « Après la saisie sur les comptes bancaires de la Confédération paysanne par la firme Monsanto, fin novembre 2005, suite à l’action de faucheurs volontaires à Monbéqui en 1998, la répression financière se poursuit. »

Pour représenter ses faucheurs l’artiste rend hommage à Rodin et sa sculpture « Les bourgeois de Calais ». En 1347 six hommes de Calais se rendent au roi d’Angleterre Edouard III la corde au cou pour sauver les habitants de la ville. Là, ce sont « 6 personnages de 2m de haut fixés chacun sur une dalle d’ardoise de 1 mètre carré. Les personnages sont en tôle perforées, martelée, polie et vernie reprenant les attitudes et expressions des Bourgeois de Calais. » Aujourd’hui les Faucheurs sont sans cesse menacés de payer de leur poche le fait de défendre ce qu’il voient comme un intérêt commun. « D’ailleurs l’un des faucheurs retourne ses poches vides » fait remarquer Christian Guillemin. Ils ont pris le relais du sacrifice pour le bien commun.
Autre parallèle, en 1885 Rodin reçoit une commande de la ville de Calais pour sa sculpture. « Aujourd’hui, il n’y a plus de commandes d’état pour les sculpteurs, je me suis commandé à moi-même Faucheurs Fauchés ! » Grâce à la volonté de l’écomusée du Perche de s’ouvrir à l’art contemporain et de présenter une exposition significative, et des œuvres monumentales, c’est toute une équipe qui s’est mise en route pendant plusieurs mois. Fourniture du maïs, transport, manutention. La sculpture, c’est du physique, « c’est du lourd », comme on dit aujourd’hui. Il suffit de voir la photo qui représente le sculpteur devant le fût de chêne qui deviendra cet épi de maïs géant de 4 mètres de haut qui trône dans le clocher de l’église. L’ « épicentre », au centre de nos préoccupations, au centre de tant d’enjeux économiques, est-il « le Veau d’or que nous adorons et craignons aujourd’hui? » s’interroge Evelyne Wander, directrice de l’écomusée, dans la préface du catalogue.

Le public nombreux le jour du vernissage semblait adhérer à la force et à l’actualité du propos et circulait avec un plaisir évident dans les 4 centres de l’exposition. L’agroalimentaire, avec l’augmentation du lait, des céréales, et avec les OGM, est plus que jamais sur le devant de la scène. Faucheurs Fauchés nous parle de notre patrimoine et de notre devenir. « Par la mécanisation, on annonçait déjà la modification génétique » pense Christian Guillemin. L’ensemble présente une rigueur glacée, une « violence froide », « cœur de marbre » de la moissonneuse. Dans La ferme ! grandeur nature, Christian Guillemin sait sculpter des œuvres gaies, spirituelles, marbre ou bois, comme cette énorme et rabelaisienne « Langue de bois » qui a trôné devant son atelier lors d’une récente exposition. A la galerie Mis en oeuvre à Nogent-le-Rotrou, on pourra aussi acquérir des œuvres de différents formats, grains de blé polis, et même épi de maïs avec leur papier kraft. Dans le Prieuré ce dernier « carré de résistance » impressionne »; il y a de la dramaturgie dans l’air. Quelle pièce va se jouer entre l’engin, la graine, et l’homme? Attention au noir. C’est la couleur du deuil mais c’est aussi celle du drapeau des pirates et des anarchistes. L’art résiste à l’envahisseur.
Toutes les photos de cet article sont de David Commenchal ©David Commenchal
Le blog de l’exposition : http://lesfaucheursfauches.over-blog.com/
galerie Mis en oeuvre : 108 Rue St Hilaire, 28400 Nogent le Rotrou
contact : mis.en.oeuvre@orange.fr
Renseignements pratiques : 02 33 73 48 06 / accueil@ecomuseeduperche.fr
Tags : Agroalimentaire, art, Christian Guillemin, David Commenchal, Ecomusée du perche, Faucheurs Fauchés, maîs, OGM, sculpture


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