
“Le désert de Retz ” de Julien Cendres et Chloé Radiguet fait l’objet d’une double page dans Libération ce samedi 23 janvier 2010. Pour qui connait le Perche, impossible d’ignorer qui est Julien Cendres, écrivain qui réside dans le village de la Perrière. Cette rééditon enrichie parue fin 2009 a coïncidé avec l’inauguration du lieu par Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, lui aussi admirateur du Désert le Retz, rendu enfin accessible au public. ” Quand il ne se trouve pas dans les collines du Perche, à écrire, Julien Cendres fait un saut au Désert, où il se sent chez lui, dans ce rêve de pierres d’un autre temps.” (article de Vincent Noce dans Libération). Une longue “aventure” dans le patrimoine…,
« Presque 30 ans de combat! » et au bout la victoire, et un ouvrage remarqué paru à l’automne 2009, Le désert de Retz, payasage choisi, de Julien Cendres, écrivain résidant dans le Perche, et Chloe Radiguet (Editions de l’éclat, 2009, préface de François Mitterand). Une aventure dans le patrimoine, qui a toujours passionné Julien Cendres, et qu’il a mis en pratique dans le petit village de la Perrière, avec la Maison d’Horbé, lieu raffiné, et en faisant connaître le Perche à des artistes qui s’y sont installés et on restauré des habitations.
A six ans quand Julien Cendres fait connaissance avec le Désert de Retz, près de Chambourcy, sa ville natale. Sa grand-mère le met en garde : le gardien du domaine abandonné a posé des pièges à loups, danger. L’enfant rebelle met un point d’honneur à braver l’interdit, comportement qu’il revendiquera toute sa vie. Il se prend de passion pour ce parc anglo-chinois, une « jungle » . « Désert », appellation choisie par son créateur, « l’extravagant François Racine de Monville » La définition du mot dans l’encyclopédie d’Alembert est « lieu propice à cultiver le rêve et la nostalgie » François Racine de Monville a été Grand-Maître des Eaux-et-Forêts de Normandie de 1757 à 1764, nous dit Julien Cendres, et par là relié au Perche. Il connait Bellême -son logement de fonction était l’actuel château de la Grand Maison - et sa forêt. Il va populariser la Fontaine de la Herse et vanter ses vertus curatives, on lui doit sa mise en valeur. Il a les moyens de ses fantasmes : créer un lieu de « fabriques », et s’adonner ainsi à ce qui est une vogue du siècle des lumières, rendre palpable la soif de connaissance et de savoir que propage dans l’effervescence les encyclopédistes, et qui se matérialise par des bâtiments pittoresques et folies. C’est ainsi qu’est conçu en 1774 le Désert de Retz, « le plus remarquable des jardins anglo-chinois », grâce à «l’excentricité prodigieuse » de François Racine de Monville, botaniste, passionné d’arboriculture, « architecte de génie ». L’un des chapitres les plus passionnants du livre de Julien Cendres et Chloé Radiguet est consacré au lieu « De 1792 à nos jours », on y trouvera les traces de ses visiteurs célèbres, de Thomas Jefferson aux fêtes des surréalistes et l’histoire de son abandon à sa restauration.
Adolescent, Julien Cendres découvre le roman « Le désert de Retz » de Julien Roy et décide de rencontrer l’écrivain. Julien Roy lui donne rendez-vous sur le champ avec pour seule indication de son domicile qu’il se situe « face à la basilique de Vézelay, j’habite la maison sur laquelle tombe le regard de Marie-Madeleine». « Savez-vous que le désert de Retz est menacé par une une opération immobilière? », lui confie l’écrivain, déjà très âgé. C’est alors que Julien Cendres devient « monomaniaque » et jure de sauver l’endroit. Conjonctions, hasards, l’aventure se poursuit grâce à Michel ¨Pericard, qui anime l’émission « La France défigurée ». Il va l’aider. Suit une exposition de photos qui circule dans toute la France, prélude à un enchaînement de rencontres où le Désert de Retz demeure au centre de ses précoccupations. Puis, Régine Deforges, l’éditrice de A la splendeur abandonné (Régine Deforges / Ramsay, 1991, Joëlle Losfeld 2002) qui à l’époque fait scandale, en envoie un exemplaire dédicacé au Président. François Mitterrand entend parler de ce jeune homme dont la vie tourne autour du Désert de Retz, et quand il survole la forêt de Marly en hélicoptère, il ordonne qu’on se pose, et va visiter le domaine. Fasciné, il décide de le rattacher aux « Grands travaux » et d’y inscrire sa restauration; un premier ouvrage écrit avec Chloé Radiguet paru en 1997 est épuisé et très demandé. Philippe Siguret à l’époque inspecteur général des Monuments historiques lit et aime « Le désert de Retz » et lui demande travailler à la création d’un nouveau projet…le Parc naturel régional du Perche. L’édition enrichie paraît en 2009. Presque en même temps a lieu l’inauguration par Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, lui aussi admirateur du Désert le Retz, rendu enfin accessible au public. Lucie Hamon, 101 ans, grand-mère de Julien Cendres, qui l’a soutenu dans « cette folie qui me préoccupe et m’occupe depuis près d’un demi-siècle… déjà ! » assitait à l’inauguration et est embrassée par tous, de Sonia Rykiel à Chantal Thomass. Le Désert de Retz est sauvé et la boucle est bouclée.
Une telle aventure dans le domaine du patrimoine, est-elle une expérience transférable? Y-a-t-il ici dans le Perche des « paradis terrestres », folies ou extravagances méconnues qui mériteraient d’être ouverts au public et de bénéficier d’un « vaste programme de restauration »? Julien Cendres qui réside dans le Perche depuis 1991, en voit plusieurs. « Pour rester dans la tradition des parcs à fabriques » le parc du chateau de Prulay près de Saint-Langis-les Mortagne. Il a été célébré en 1792 par l’abbé Jacques Dellile, poète des jardins. Lors de l’inventaire des jardins anglo-chinois en 1802, le parc de Prulay est cité avec le Désert de Retz par les auteurs, Jean-Charles Krafft et Nicolas Ransonnette, architectes. On trouve encore un exemple de ces fabriques au Château du Tertre à Serigny, avec le Temple du philosophe, qu’on découvre au détour d’un bosquet. La glacière du château (XVIIIème sicècle) de Chereperinne à Origny-le-Roux a survécu. De 1750 jusqu’à la révolution les « fabriques » sont liées aux encyclopédistes et à la volonté de connaissance et d’universalité. Symbolique maçonnique - un chapitre du livre - souvent anti-religieuse. On les construisait dans les parcs des chateaux et de manoirs. Bâtiments décoratifs, mais avec parfois de véritables fonctions. Ainsi au Désert de Retz la « Pyramide » est une glacière, on y préparait des sorbets, le Temple du Dieu Pan un salon de musique. La maison d’habitation elle-même est une fabrique, exemple unique au monde. « La colonne détruite » dont on peut voir plusieurs reproductions dans l’ouvrage, fait partie de cette « esthétique de la ruine » qui selon Julien Cendres est un signe annonciateur de la fin du règne monarchique et de l’imminence de la révolution. Au Désert de Retz d’autres noms de fabriques font rêver « Le petit autel presque ruiné », d’autres encore imaginées par François Racine de Monville » n’ont jamais vu le jour comme « un appartement des bains à faire sous un rocher » ou encore « six tentes de formes différentes ». Autre lieu à sauver dans le Perche, repéré avec l’appui de Philippe Siguret, le manoir La Rosière, à saint-Cyr la Rosière et son porche disparu. Il y a encore la Forçonnerie à Univerre et « autre scandale à ciel ouvert » la Commanderie des Templiers à Manou (Eure et Loir). Les tuiles ont été vendues et la charpente se dégrade. Ou encore la façade, reste du château de la Ferté-Vidame, qu’il faudrait protéger .A Saint-Jean-de-la-Forêt (Orne) il y a la maison enfouie dans les bois du célèbre peintre Hundertwasser, « ermitage » aujourd’hui à l’abandon.
Aux percherons le soin de se battre pour leur patrimoine, ce qu’il font, fort heureusement, et ce qui fait du Perche une région préservée et prisée. Pour Julien Cendres et Chloé Radiguet retour à l’écriture et la recherche avec la première édition des lettres de Raymond Radiguet en 2010. Chez Joëlle Losfeld paraît un volume des billets de Julien Cendres publiés dans la presse.
Janique Laudouar
Article paru partiellement dans le magazine de la Fédération des Amis du Perche, Pays du Perche 12)
Le Désert de Retz, paysage choisi
Éditions de l’éclat (2009)
Préface de François Mitterrand
Postface de Pierre Morange
176 p. 46 euros
Tags : Chambourcy, Chloe Radiguet, Julien Cendres, Le désert de Retz, patrimoine, Perche

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